DPE 2027 : six informations de plus, une mention « A0 », et aucune étiquette recalculée


Dès 2027, le DPE intègre 6 nouvelles informations et une mention A0, sans recalculer les étiquettes. Ce qui change, et ce qui reste identique.
En bref
Dès le 1er janvier 2027, chaque diagnostic de performance énergétique réalisé pour un logement en France métropolitaine intégrera six informations qui n'y figurent pas aujourd'hui. Une nouvelle mention, dénommée « A0 », sera également possible pour les bâtiments à émissions nulles.
Les compléments apportés par le DPE porteront sur : la production d'énergie renouvelable sur site, le ratio de cette production par rapport à la consommation d'énergie finale, le vecteur énergétique principal, la durée de vie restante du système de chauffage et, si applicable, de climatisation, la capacité du logement à réagir aux signaux du réseau électrique, ainsi que l'aptitude de l'émission et de la distribution de chaleur à fonctionner à basse température.
Concernant les éléments inchangés, ce qui demeure tout aussi essentiel : les classes A à G et leurs seuils ne bougeront pas, tandis que la méthode de calcul de la consommation en énergie primaire restera identique. L'étiquette d'aucun logement n'évoluera suite à ces nouvelles réglementations. Le diagnostic gagnera en précision sans devenir plus sévère ni plus clément.
Ces modifications résultent de la directive européenne relative à la performance énergétique des bâtiments, transposée dans le droit français par un arrêté du 11 juin 2026. Elles s'appliqueront exclusivement au logement existant en France métropolitaine : les secteurs tertiaire et neuf, ainsi que les départements d'outre-mer, sont soumis à d'autres textes qui ne sont pas modifiés à ce jour.
Les six informations qui s'ajouteront
Ces éléments présentent des natures distinctes ; une confusion entre eux fausserait leur interprétation.
Le calcul permettra d'établir les deux premières lignes, tandis que la troisième sera issue de la description. Les trois dernières constitueront des appréciations — point crucial pour la pertinence du document. Ce sujet sera traité ultérieurement.
Concernant la forme, l'affichage des déperditions sera modifié : le terme « ventilation » sera remplacé par celui de « renouvellement d'air ». Cette formulation est physiquement plus exacte, car elle intègre les infiltrations parasites au-delà du simple débit de la VMC.
La mention « A0 » : une distinction, pas une huitième classe
Ce point génère souvent de l'ambiguïté. A0 ne constituera pas une nouvelle classe. Les sept classes existantes (de A à G) maintiendront leurs seuils respectifs en kWh/m²/an. La mention A0 sera simplement inscrite sur l'étiquette énergétique d'un bien déjà classé en A ou B, sans définir de nouveau seuil numérique. Un logement ne changera pas de classe pour devenir A0 : il recevra, ou non, cette distinction additionnelle.
Pour les logements existants soumis à la méthode 3CL-DPE 2021, trois critères devront être respectés de manière cumulative :
- Une étiquette A ou B — ou, pour les bâtiments soumis aux exigences des constructions neuves, le respect de ces dernières.
- L'utilisation d'énergies exclusivement renouvelables produites sur site ou à proximité, d'électricité, ou d'énergie provenant d'un réseau de chaleur ou de froid jugé efficace.
- L'absence de tout équipement de chauffage ou d'eau chaude sanitaire utilisant une énergie fossile sur site.
La condition-clé : l'absence totale de fossile sur site. Ce critère est binaire et ne pourra être compensé par la performance thermique. Une chaudière gaz à condensation de dernière génération, malgré son efficacité, empêchera l'obtention de cette mention. Un logement peut ainsi atteindre l'étiquette A tout en restant dépourvu de la mention A0 pour ce seul motif. À l'opposé, un logement chauffé à l'électricité — donc, en pratique, par pompe à chaleur, seule voie électrique permettant d'espérer une étiquette A ou B — satisfera la deuxième condition sans effort.
Ce signal est clair et vient compléter une évolution plus discrète : depuis le 1er janvier 2026, le coefficient de conversion en énergie primaire de l'électricité a été abaissé de 2,3 à 1,9. Un même bâtiment, lors de son passage au vecteur électrique, bénéficiera mécaniquement d'une baisse de sa consommation en énergie primaire — et sera, dès 2027, éligible à une mention inaccessible au gaz et au fioul.
Attention au piège : « le solaire va enfin compter »
Cette interprétation, bien que répandue, est erronée. L'intégration de la production photovoltaïque dans le DPE ne modifiera pas les modalités de calcul de l'étiquette énergétique.
Le diagnostic intégrera une information supplémentaire précisant le volume de kWh renouvelables produits par le bâtiment selon chaque source, ainsi que leur part relative dans la consommation finale. La méthodologie de calcul de la consommation en énergie primaire demeurera inchangée, tout comme les seuils définissant les classes énergétiques. Un propriétaire qui installera 6 kWc sur sa toiture en janvier 2027 constatera l'affichage de cette production sur son diagnostic, sans que cela n'entraîne une amélioration de son étiquette.
Cette distinction repose sur la structure réglementaire. Deux arrêtés du 31 mars 2021 coexistent : le premier définit le contenu du DPE pour les bâtiments d'habitation, tandis que le second établit les méthodes et procédures, incluant la méthode 3CL-DPE 2021 et les logiciels associés. Seul le premier fera l'objet d'une modification ; le moteur de calcul restera donc inchangé.
Cette évolution ne sera pas négligeable, si on la considère pour sa véritable fonction : un levier de valorisation accessible à un acquéreur, un notaire ou une banque, là où l'autoconsommation était auparavant invisible dans le document de référence du marché. La valeur se déplacera vers la lecture du bien, pas vers sa note. Confondre l'information portée au diagnostic et le calcul de l'étiquette conduit à surestimer le retour sur investissement d'une installation solaire — nous avons déjà vu des plans de financement bâtis sur cette confusion.
Durée de vie restante et basse température : deux données d'ingénierie
Trois des six nouvelles informations — durée de vie restante des générateurs, aptitude à la basse température, capacité de flexibilité — ne feront l'objet ni de mesures ni de calculs via la méthode. Il s'agira d'estimations. Actuellement, aucune table forfaitaire de durées de vie, aucun critère chiffré d'aptitude, aucun seuil de flexibilité n'est publié : les modalités opérationnelles devront être définies par les textes d'application et les logiciels agréés.
Il faut en déduire directement que la pertinence de ces trois paramètres reposera sur la qualité de leur renseignement.
- La durée de vie restante d'un générateur ne figurera pas sur une plaque signalétique. Son calcul proviendra de l'année de fabrication, de l'état de l'échangeur et du corps de chauffe, du suivi d'entretien, des conditions de fonctionnement subies et du taux de charge réel. Une chaudière collective de quinze ans surdimensionnée d'un facteur deux ne présentera pas la même espérance de vie qu'une installation du même âge dimensionnée avec précision.
- L'aptitude de l'émission et de la distribution à la basse température relèvera du dimensionnement plutôt que d'une simple déclaration. Elle sera déterminée par le recalcul des déperditions pièce par pièce, en comparant la puissance effective des radiateurs actuels à un régime abaissé — classiquement 45/40 au lieu de 70/50 ou 80/60. Ce calcul est précisément celui qui détermine la faisabilité d'une pompe à chaleur.
- La capacité à réagir aux signaux externes nécessitera l'examen des capacités de pilotage du bâtiment : régulation communicante, ballon d'eau chaude effaçable, délestage, gestion technique centralisée. Pour le parc existant, la réponse sincère sera fréquemment « aucune », et il sera préférable de le noter plutôt que de simuler une aptitude inexistante.
Ne pas confondre deux exercices : estimer une durée de vie restante selon l'âge de l'appareil constitue un simple remplissage ; l'évaluer selon son état, son dimensionnement et son régime de fonctionnement relève du diagnostic. La première opération dure deux minutes, la seconde exige une visite technique et un calcul. À partir de 2027, ces deux approches aboutiront à la même mention dans un document opposable pendant dix ans.
Ces trois informations ne constitueront pas une simple formalité administrative. Elles représentent précisément les interrogations qu'un maître d'ouvrage formule avant de procéder au remplacement d'une chaufferie.
Et en copropriété ?
Le secteur de l'habitat collectif sera directement impacté. L'indicateur majeur réside dans la mise en place d'une répartition de la production renouvelable entre les logements d'un même immeuble. Puisqu'une pompe à chaleur collective ou une installation photovoltaïque en toiture dessert l'ensemble du bâtiment plutôt qu'un lot isolé, une convention d'affectation sera désormais nécessaire.
Dans les faits, toute copropriété réalisant un diagnostic dès 2027 verra intégrer la durée de vie restante de sa chaufferie collective ainsi que l'aptitude de ses colonnes et de ses émetteurs à la basse température. En d'autres termes, deux des trois composantes essentielles d'une étude de décarbonation figureront systématiquement dans le rapport transmis au syndic et aux copropriétaires.
L'astuce d'ingénieur : cette mention relative à la « durée de vie restante » constituera l'argument en assemblée générale tant attendu par de nombreux conseils syndicaux. Une chaufferie dont l'échéance de remplacement est évaluée à trois ans ne sera plus un simple sujet d'arbitrage pour la décennie à venir : elle deviendra une échéance précise, inscrite dans un document opposable et complexe à différer d'une année sur l'autre. Il faudra toutefois veiller à la rigueur de l'évaluation — une estimation approximative engendrerait l'effet contraire, soit en provoquant une inertie de la copropriété, soit en imposant des travaux prématurés.
Le lien avec le plan pluriannuel de travaux sera direct : le DPE 2027 apportera deux données fondamentales pour la programmation du PPT. Il est donc crucial de garantir l'exactitude de ces informations avant qu'elles ne servent de base au pilotage d'un budget sur dix ans.
Les autres points de vigilance
- Absence de rétroactivité. L'application des nouvelles réglementations concernera les diagnostics réalisés dès le 1er janvier 2027. Les DPE dont la validité est déjà établie demeureront valables jusqu'à leur échéance sans nécessiter de nouvelle expertise.
- Coexistence de deux régimes durant dix ans. Jusqu'en 2037, des DPE comportant ou non ces six informations circuleront sur un même marché. La comparaison entre deux propriétés exigera donc de contrôler préalablement la date d'émission du diagnostic.
- Mise à jour nécessaire des logiciels. Les éditeurs de solutions de DPE sont des acteurs directement concernés. Le calendrier de déploiement des mises à jour pour les outils agréés déterminera la précision des premiers diagnostics produits en 2027.
- Trois paramètres en attente de méthodologie. À ce jour, aucune table ni critère n'a été publié concernant la durée de vie restante, la flexibilité et l'aptitude à la basse température. Nous restons attentifs à cette évolution et actualiserons cet article.
- Poursuite de la réglementation par d'autres textes. Les secteurs du tertiaire, du neuf et de l'outre-mer ne sont pas inclus dans cette échéance. La transposition française de la directive n'est pas encore terminée.
Notre conviction Energyco
L'évolution prévue au 1er janvier 2027 ne constitue pas une simple réforme du DPE, mais un changement de sa mission fondamentale. Si le diagnostic avait pour rôle de classer, il aura désormais pour vocation de décrire l'état et l'avenir des équipements — incluant la durée de vie restante, l'aptitude à la basse température ainsi que la capacité de pilotage. Sa teneur se rapprochera alors des résultats d'un audit énergétique, tout en conservant ses contraintes de temps et de moyens.
La crédibilité de cette réforme dépendra précisément de cet aspect. Une estimation approximative de la durée de vie restante ou une validation de l'aptitude à la basse température sans calcul de déperditions rendra le document opposable erroné durant dix ans — qu'il s'agisse d'une chaufferie condamnée prématurément ou d'une pompe à chaleur jugée compatible avec un réseau qui ne pourra jamais atteindre un régime bas.
Notre position demeure inchangée et s'appliquera de la même manière : ces trois lignes doivent être établies par le calcul, pas par l'usage. Vérifier la puissance des émetteurs actuels face à un régime abaissé, recalculer les déperditions pour chaque pièce et analyser précisément les générateurs constitue le cœur de notre expertise lors de chaque étude de remplacement de chaufferie. Dès le 1er janvier 2027, ces analyses trouveront une application directe dans le DPE.
Votre copropriété doit arbitrer un remplacement de chaufferie avant 2027 ? Parlons-en.
Sources
- Arrêté du 11 juin 2026 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union européenne sur le diagnostic de performance énergétique
- Directive (UE) 2024/1275 du 24 avril 2024 sur la performance énergétique des bâtiments
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif au DPE pour les bâtiments à usage d'habitation en France métropolitaine — texte modifié
- Arrêté du 31 mars 2021 relatif aux méthodes et procédures applicables au DPE et aux logiciels l'établissant — méthode 3CL, texte non modifié
- Groupe Qualiconsult — DPE : alignement sur les exigences de la directive européenne
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